"Il m'arrive bien souvent, jouet de la surface et du sortilège, de me sentir vraiment humain. Alors, je fréquente mes semblables avec joie, j'existe en toute clarté. Je surnage. J'apprécie de recevoir mon salaire et de rentrer chez moi. Je sens le temps sans le voir, et tout phénomène organique est source de plaisir. Si je médite, c'est sans penser.

Ces jours-là, je goûte infiniment les jardins publics.

Je ne sais ce qu'il y a de pauvre, de bizarre dans la substance intime de ces jardins citadins, qui fait que je ne peux bien la percevoir que lorsque je ne me perçois pas bien moi-même. Un jardin est un résumé de la civilisation - une modification anonyme de la nature. Les plantes sont bien là, mais il y a des rues autour. Il pousse bien des abres, mais on a mis des bancs à leur pied." ()

Fernando Pessoa - Le livre de l'intranquillité

Parc 2000